Et vous, vous avez des enfants?

Publié le 9 Décembre 2012

Et vous, vous avez des enfants?

Quand j’ai commencé à travailler, vous me demandiez souvent quel âge j’avais. Il faut dire qu’à l’époque, je paraissais très jeune! Vous deviez vous inquiéter, sans doute, d’être suivies par un « bébé sage-femme ».

Petit à petit la question a changé, et c’est très vite devenu :

« Et vous, vous avez des enfants? »

Cette simple question m’a souvent mise mal à l’aise, bien plus que celle de mon âge. Je sais que c’était certainement juste une manière d’engager la conversation. Mais tout de même, j’avais l’impression que le fait de ne pas avoir d’enfant faisait de moi une moins bonne sage-femme. J’imaginais dans vos têtes défiler un flot de pensées :

« Ah, elle n’a pas d’enfant, elle ne peut donc pas comprendre ce que je ressens…

Elle me dit qu’elle comprend mais comment le pourrait-elle…

Elle n’a jamais ressenti ça…».

Pourtant quand je me suis présentée au concours, on ne m’a pas demandé si j’avais des enfants. J‘ai bien vérifié, ça ne faisait pas partie des conditions d’inscription à l’école de sage-femme. Il n’était même pas obligatoire d’être une femme.

Et il n’y avait pas non plus de clause dans mon contrat d’embauche qui exige que j’ai des enfants.

La profession de sage-femme est avant tout une profession médicale axée sur la physiologie de la femme. Pour être sage-femme, il faut être compétent en gynécologie, en obstétrique et en pédiatrie. Il faut savoir dépister, examiner, diagnostiquer, traiter.

Alors pourquoi cette question?

Demandons-nous au chirurgien s’il a eu l’appendicite avant qu’il ne nous opère?

Demandons-nous à notre médecin généraliste s’il a déjà eu la varicelle avant de le laisser soigner nos enfants?

Non.

Le demanderions-nous à l’obstétricien?

Je ne crois pas.

Mais le métier de sage-femme, ça n’est pas que le côté médical, et vous attendez de nous autre chose. Nous ne sommes pas là pour vous accoucher, mais pour vous aider à accoucher. Il s’agit d’un accompagnement, à accoucher, mais aussi à devenir mère.

Maintenant j’ai deux enfants, j’ai vécu un accouchement difficile et un autre de rêve. Je connais la douleur d’une contraction, j’ai ressenti les angoisses d’une jeune maman.

Suis-je devenue une meilleure sage-femme pour autant?

J’espère avoir progressé, parce que j’ai plus d’expérience. Mais est-ce grâce à mes grossesses? Lorsque je suis revenue de mon premier congé maternité, j’avais tendance à croire que je savais désormais, que je comprenais mieux. Mais j’en oubliais parfois de vous demander ce que vous, vous ressentiez. Je disais « je sais », mais j’étais sans doute moins attentive à vos propres angoisses. Il m’était difficile de démêler mon propre ressenti du vôtre, ils sont pourtant forcément différents.

Je n’ai pas eu de césarienne, je n’ai pas accouché prématurément, j’ai eu une ventouse mais pas de forceps…

Il existe autant de femmes, autant d’accouchements, que d’expériences et de ressentis différents.

Je connais des sages-femmes qui n’ont pas pu ou pas voulu avoir d’enfants et qui sont d’excellentes sages-femmes.

L’une de mes collègues n’a pas pu avoir d’enfant. Pourtant, mieux que personne, elle sait ce que c’est de voir son corps lui échapper, de le voir être instrumentalisé entre les mains des médecins. Mieux que personne elle sait écouter, apaiser, rassurer et accompagner. C’est à elle que j’ai choisi de confier le suivi de mes grossesses et de mes accouchements.

Je ne pense pas qu’il faille avoir ressenti la même chose que vous pour vous comprendre, pour suivre vos grossesses et vous aider à accoucher. De toute façon c’est impossible. Je pense plutôt qu‘il faut rester ouverte, à l’écoute, attentive à ce que vous ressentez.

Pour être une « bonne » sage-femme, il ne faut pas avoir eu d’enfant, ni même être une femme, il faut simplement savoir vous accompagner.

Miss Cigogne

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chanelle 02/03/2013 16:00

super!!!!!!!!