futur sombre

Publié le 4 Mai 2013

futur sombre

Un accouchement en 2100

Je me réveille avec de violentes douleurs dans les reins, sans doute des contractions. Je ne sais pas trop quoi faire, alors je réveille Chéri. Il ne sait pas plus que moi bien sûr, mais si j'en crois ma copine qui a accouché il y a peu, ça doit être ça. Une heure passe et les douleurs se rapprochent et s'intensifient, je pense qu'il vaut mieux partir pour la maternité, Chéri aussi. Je sens bien qu'il est stressé, moi aussi.

J'envie nos grands-mères, à leur époque, il existait des cours de préparation à l'accouchement. Enfin je crois que ça s'appelait comme ça. Moi j'ai juste eu une vidéo à regarder.

Une heure plus tard, nous sommes enfin arrivés à la maternité. Une infirmière m'installe dans une salle d'examen. Elle prend ma tension, ma température, et m'interroge sur le motif de ma consultation. Je lui explique que je pense que le travail a commencé. Elle m'informe que le gynécologue viendra m'examiner dans un instant. Je voudrais lui poser mille questions: est-ce que ce sont bien des contractions, est-ce que c'est normal que je sente moins mon bébé bouger, qui est le gynécologue de garde, à quoi sert cette machine bizarre derrière elle... Mais elle s'excuse et repart aussi vite qu'elle est venue, il y a d'autres patientes qui attendent, je ne suis pas toute seule...

Une heure passe, j'ai mal, j'ai un peu peur je l'avoue. Le gynécologue ouvre la porte, enfin je suppose que c'est lui. Ce n'est pas mon gynéco. Je ne suis pas vraiment déçue, les consultations ne duraient que 10 minutes, pas le temps pour les questions, il fallait enchainer les consultations, manque de personnel....

Il me fait une échographie, apparemment bébé va bien. En tout cas le médecin n'a pas l'air inquiet. Puis il me demande de plier les jambes et de les écarter. Il introduit ses doigts dans mon vagin, un petit cri de surprise m'échappe tandis que je resserre les jambes. J'ai beau savoir comment se déroule un examen gynéco avec la dizaine subie pendant ma grossesse, je n'arrive pas à me défaire de cette impression désagréable que mon corps ne m'appartient plus.

"Voyons calmez vous c'est juste un examen"

Il m'examine donc et m'annonce "3 centimètres, vous allez accoucher aujourd'hui, on va vous installer en salle d'accouchement et vous mettre une péridurale".

3 centimètres? C'est bien? Il faut aller à combien déjà? Je crois avoir lu 10 sur un vieux livre de Grand-mère.

Une aide-soignante vient me chercher et m'installe dans un fauteuil roulant. Nous traversons un couloir blanc qui me paraît interminable, puis nous passons une porte "bloc obstétrical". 10 portes numérotées s'alignent devant nous, d'un blanc immaculé. Elle ouvre la porte numéro 6. La salle est assez grande, remplie d'appareils un peu inquiétants. Au milieu une table d'accouchement. Elle me demande d'ôter tous mes vêtements et d'enfiler une blouse, puis de m'allonger. Je m'exécute. Entre 2 contractions, je m'allonge sur la table, j'étais si bien debout... La douleur est vraiment insupportable dans cette position, alors je me tourne sur le côté.

"Ah non Madame, sur le dos voyons!

-Mais j'ai mal...

- Peu importe vous allez avoir une péridurale bientôt, ne discutez pas, l'infirmière va arriver."

Elle arrive effectivement et me pose une perfusion. Quand je lui demande à quoi ça sert, si c'est ce qui va me soulager, elle me répond juste que c'est le protocole. Ensuite elle pose des capteurs sur mon ventre.

Puis l'anesthésiste arrive, on me fait assoir, on fait sortir Chéri, et on me pose une péridurale. J'ai mal, qu'est ce qu'il fabrique ce c** dans mon dos, c'est quoi cette décharge dans ma cuisse.

"Ne bougez pas voyons, restez calme, bientôt vous me sentirez plus rien"

- Je ne vais pas sentir mon bébé sortir alors?

- Non bien sûr, nous ne sommes pas des sauvages voyons, (le prochain qui me dit voyons je le frappe) rassurez vous vous ne sentirez rien, dans 10 minutes tout ira bien."

On me rallonge, on fait rentrer Chéri, puis on nous laisse seuls.

Je ne sens plus rien, le temps passe, on nous a mis de la musique, Chéri pianote sur son téléphone. Je m'ennuie, c'est long, je ne sens rien et ça m'inquiète. J'ai des fourmis dans les jambes, je voudrais bouger un peu mais mes jambes sont trop lourdes. De toutes façon l'infirmière m'a dit que je devais rester sur le dos.

La porte s'ouvre un peu brutalement, je sors de l'état de somnolence qui me gagnait en sursautant. C'est le gynécologue.

Il m'examine à nouveau, mais cette fois je ne sens absolument rien. Il m'annonce 5 centimètres. C'est bien ça avance, enfin je crois. Un bip sonne dans sa poche, il ressort aussitôt. "Une urgence" me dit-il.

Somnolence à nouveau... Un nouvel examen... Somnolence... Examen... C'est long, enfin surtout pour Chéri, moi je dors. Il observe le rythme de bébé qui s'affiche sur la machine. L'infirmière qui est venue changer ma perfusion nous explique que toutes les données enregistrées par les appareils sont reliées à un ordinateur central dans le bureau du médecin, que nous n'avons pas à nous inquiéter, que tout est sous contrôle.

Un nouvel examen, le médecin nous annonce que si le bébé ne descend pas plus, que si le col ne bouge pas assez vite, que si ça continue ainsi, il faudra faire une césarienne.

Je lui demande pourquoi, ce que je peux faire pour aider, il me répond juste de me pas m'inquiéter, qu'il s'occupe de tout. Et il sort.

L'angoisse monte. Je reparle à Chéri de ce livre que j'avais trouvé chez ma grand-mère, sur les positions d'accouchement. Peut être que ça aiderait bébé à descendre. Il me regarde d'un air exaspéré.

"Tu sais bien que ta grand-mère était un peu...

- Un peu quoi, elle était sage-femme, elle savait, elle... "

Il me coupe la parole :

"Cette... profession n'existe plus, tu le sais! Tu idéalisais trop ta grand-mère, elle croyait en des choses...

- Elle ne croyait pas, elle n'était même pas croyante! Mais elle savait, elle connaissait la physiologie, elle comprenait les femmes, elle les écoutait!

- Ecoute c'est du passé tout ça, maintenant les accouchements se font en toute sécurité, par un vrai médecin

- C'était une VRAIE sage-femme! A cette époque là, les femmes pouvaient accoucher naturellement, maintenant plus de la moitié des femmes ont une césarienne!

- Mais leurs bébés vont bien!

- Peut être, mais Grand-mère disait qu'ils allaient au moins aussi bien! J'aurais tant voulu le sentir naitre, pouvoir faire quelque chose pour l'aider à descendre, je me sens impuissante.

- Tu es vraiment comme elle, tu es... arrête de ne penser qu'à toi. Ta grand-mère a failli être condamnée pour exercice illégal de la médecine

- Ce n'était pas de l'exercice illégal! Les gynécos ont gagné, ils ont réussi à avoir la mainmise sur l'obstétrique, ils ont exigé que la profession de sage-femme disparaisse!

- Mais c'était pour améliorer les conditions d'accouchement des femmes, pour qu'elles puissent bénéficier de la péridurale, des dernières technologies, pour leur bien-être et celui de leur bébé!

- Bénéficier! C'est une obligation maintenant, où sont les choix, la liberté?

- ..."

La porte s'ouvre, inutile de frapper, je ne sursaute même plus.

Nouvel examen, finalement mon col a bougé et bébé est descendu. L'infirmière arrive, elle m'installe en position gynécologique pendant que le médecin met un masque, se lave les mains, enfile une blouse et des gants.

Il me demande de pousser, je ne sens rien, j'essaie vraiment, mais rien ne se passe.

Il hausse le ton : "mais poussez voyons, comme pour aller à la selle! " Aller à la selle, mais je veux accoucher moi, et puis je ne sens rien, et puis je ne vais pas à la selle dans cette position ni devant des inconnus. Les larmes montent, je les contiens. Je pense à mon bébé, il faut que j'y arrive. Au bout de 5 minutes le médecin demande les forceps. Je le vois saisir des ciseaux. Je m'en moque, je veux juste que ça s'arrête et qu'on me donne enfin mon bébé, qu'on laisse enfin mon corps en paix, qu'on me rende mes sensations.

D'un seul coup je sens quelque chose descendre, j'ai mal, je crie.

"Voyons Madame, (aaaahhhh!!!! mais je vais lui faire bouffer son "voyons") calmez-vous, il est presque là! "

Et oui d'un seul coup il est là. Je tends les bras mais le médecin donne mon bébé à l'infirmière qui l'emmène dans une salle à côté. Je l'entends pleurer, ça me rassure un peu.

Au bout d'un temps qui me semble interminable, (le médecin a eu le temps de me recoudre, une aide-soignante a eu le temps de me faire une toilette et de me rallonger) l'infirmière me ramène mon bébé, habillé avec les vêtements que j'avais donné il y a plusieurs heures. Elle me le met dans les bras quelques minutes puis me dit que j'ai besoin de me reposer et l'installe dans un berceau à côté de moi. Les larmes coulent, je suis épuisée c'est vrai, pourtant j'ai passé ma journée à dormir. Mais surtout je voudrais pouvoir tenir ce petit inconnu, ce petit être dans le berceau à côté de moi, je croyais le connaitre, je l'ai si souvent senti bouger, je lui ai tellement parlé. Mais d'un seul coup il me semble étranger, Cette infirmière a déjà passé plus de temps avec lui que moi, pourquoi?

Le 5 mai célèbre la Journée Internationale de la Sage-femme. Partout dans le monde, des femmes deviennent mères, des enfants naissent. Leur santé nous tient à cœur, de même que leur bien-être émotionnel. Partout dans le monde, les conditions entourant cet événement peuvent être difficiles, chacune à leur échelle.

L'International Confederation of Midwives souligne le rôle essentiel des sages-femmes auprès des femmes.

Pour appuyer l'appel de l'ICM, dix bloggeuses et blogueurs sages-femmes ont imaginé un monde où leur profession n'existerait pas...

A lire chez :

10lunes : http://10lunes.canalblog.com/

Bruit de Pinard : http://bruitsdepinard.canalblog.com/

Ella : http://ellaetvalentin.blogspot.fr/

Marjeasu : http://marjeasu.blogspot.fr/

Knackie : http://betadinepure.eklablog.com/

Ellis Lynen : http://ellis-lynen.over-blog.com/

NiSorcièreNiFée : http://nisorcierenifee.wordpress.com/

SophieSageFemme : http://liberteegalitematernite.com/

Jimmy Taksenhit : http://orcrawn.fr/

Rédigé par Miss Cigogne

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clemsagefemme 06/05/2013 05:55

Désolée mais tout est vrai... désolée pour moi, pour nous, pour notre société...

drkalee 05/05/2013 18:39

A mon grand regret, cette fiction n'est pas totalement sans rapport avec mon premier accouchement... On n'a pas le cul sorti des ronces.

Miss Cigogne 05/05/2013 21:29

Oui, malheureusement, il ne m'a pas fallu beaucoup d'imagination... Manque de personnel, rentabilité, actes...