Mes premiers pas...

Publié le 11 Décembre 2012

Mes premiers pas...

Le jour où tout a commencé

Vétérinaire, c’est-ce que je voulais être, depuis toute petite.

Jusqu’à cette journée passée au forum des métiers.

Au détour d’une allée, mon regard s’est figé sur une vidéo, je ne sais pas pourquoi.

C’était celle d’un accouchement.

J’étais devant le stand sage-femme… SAGE-FEMME… Waouh, c’était ça. Je voulais être sage-femme.

« Pourquoi sage-femme? » m’ont-ils tous demandé (sauf ma mère et mon prof de philo, merci à eux!). « Tu pourrais faire médecine, gynécologue obstétricienne, tu en as les moyens! »

Mais moi c’était sage-femme que je voulais! Et j’étais têtue...

En terminale, malgré la déception de mon père et des mes profs, j’ai donc passé le concours de sage-femme (c’était deux ans avant le passage obligatoire par la première année de médecine).

Et j’ai été admise!

Première journée à l’école de sage-femme.

A peine 18 ans... Tout juste sortie du cocon familial, j’étais stressée et c’est peu dire !

Je me souviens de cette salle de classe qui fut la nôtre pendant 4 ans, je me souviens des visages alors inconnus de ces 22 autres filles. J’étais la plus jeune, la seule qui sortait du lycée. Surement la plus perdue aussi. Certaines se connaissaient déjà un peu de leur prépa, ou de médecine.

Le Directeur de l’école, un grand professeur, a fait son discours. Je ne me souviens que d’une phrase: « JE SUIS CONTRE LES FEMMES CAMIONNEURS ET LES HOMMES SAGES-FEMMES ». Le ton était donné...

Ensuite notre « monitrice », notre réfèrente pour l’année, une sage-femme d’une cinquantaine d’année, toute petite, aux allures rassurantes, nous a expliqué le déroulement de l’année.

Stage le matin pendant 5h, dans différents services pour apprendre les soins de base nécessaires à l’exercice de notre profession, et cours l’après-midi, pendant 4h.

Premier stage

Je n’avais jamais mis les pieds dans un hôpital. Je ne connaissais rien de ce monde. 15 jours après mon premier jour à l’école je suis allée en stage pour 3 semaines dans un service d’urologie.

Je voulais soigner des femmes enceintes, aider à mettre des enfants au monde.

Qu’est-ce que je faisais dans ce service plein d’hommes? Plein de malades?

Comment est-ce que je me suis retrouvée là, à poser une sonde urinaire à un mec de 20 ans? Je ne sais toujours pas qui était le plus gêné de nous deux! Mais l‘infirmier qui m’encadrait a bien ri…

Toutes les 3 semaines, changement de lieu de stage, changement d’équipe. A chaque fois essayer de s’intégrer, comprendre le fonctionnement du service… Et toujours pas de naissance…

Après les 5h de stage quotidiennes (7h-13h), il fallait vite rentrer à l’école, passer au self pour manger avec un lance-pierre, être en cours à 14h piles, et tenter de ne pas s’endormir pendant les 4h suivantes !

Premier stage en salle de naissance

A la fin de la première année, enfin, le stage au bloc obstétrical!

J’étais impatiente et effrayée.

Les sages-femmes étaient dans leur bureau. Je me suis présentée. Elles m’ont à peine répondu, puis sont parties en salle de garde. Une étudiante de 2ème année m’a prise sous son aile. Elle m’a fait visiter le bloc. Elle m’a montré le tableau des salles, avec le nom des patientes. Je devais « choisir » une patiente, et rester assise près du monitoring (l’appareil qui sert à enregistrer le cœur de bébé et les contractions) pour le surveiller. Surveiller quoi ? A l’époque je ne savais pas interpréter ces tracés qui défilaient sur le papier.

Je me demande encore comment les patientes faisaient pour supporter une étudiante assise à côté d’elle pendant des heures. Heureusement il y avait la « salle bébé », ou nous allions nous réfugier entre « élèves ». Heureusement il y avait les étudiantes des années supérieures pour nous guider.

J’ai vu mon premier accouchement. Je ne me souviens plus tout à fait du visage des jeunes parents, mais je me souviens de leur émotion quand la sage-femme a posé ce bébé sur le ventre de sa mère, et je me souviens des larmes qui sont montées malgré moi.

J’ai alors su que je ne m’étais pas trompée, j’étais faite pour ce métier.

Première urgence

C’était ma 2ème journée en salle de naissance, autant dire que mon expérience se résumait à avoir vu un accouchement.

Première urgence donc : une césarienne, des jumeaux...

J’entendais vaguement la sage-femme parler d’une 2ème table de réa qu’il faudrait emmener au bloc opératoire. Mais quelle table? Et où fallait-il l‘emmener? Je ne comprenais rien à ce qui se passait. Je ne trouvais plus l’étudiante de 2ème année. Je suis restée là bêtement les bras ballants dans cette salle de naissance désertée. La sage-femme est revenue, elle m’a aboyé dessus. Elle... Je vois encore son visage, je me rappelle très bien son nom, et ses mots ce jour là : « Tu n’as pas vu qu’il y avait une urgence ? Je t’ai dit d’amener la table ! Mais tu es nulle !! TU NE SERAS JAMAIS SAGE-FEMME !!! ».

J’aurais voulu disparaitre, mon monde s’écroulait, la sentence était tombée, j’étais nulle et incapable d’être sage-femme…

Après un an de stage dans des services de médecine et autres, après un an d’attente pour enfin approcher les salles de naissance, et les sages-femmes que j’idéalisais tant.

Je croyais rencontrer des sortes de bonnes fées, celles qui se penchent au dessus des berceaux pour porter chance aux enfants, et c’est l’image d’une sorcière qui m’est apparue.

Je suis sortie en larmes, désespérée, vidée…

C’est une étudiante de 4ème année qui m’a rendu espoir et motivation. « C’est cette sage-femme qui est nulle ! (Humainement parce que techniquement elle était sacrément douée!) Elle n’a qu’à faire son boulot : te former, plutôt que d’enfoncer une pauvre étudiante qui commence tout juste. » (Si tu me lis N… merci encore!)

Heureusement, nous pouvions compter les unes sur les autres pour surmonter cette sacrée galère qu’était l’école de sage-femme ! C’était les étudiantes des années supérieures qui nous formaient en stage, les sages-femmes du CHU n’acceptaient de nous apprendre des choses (parfois...) que lorsque nous avions déjà acquis les bases.

Les stages se passaient beaucoup mieux dans les centres hospitaliers voisins, les sages-femmes étaient beaucoup plus accueillantes et motivées à nous transmettre leur savoir. Ces stages « en extérieur » étaient une bouffée d’oxygène pour nous.

Finalement

Après mes 4 années d’études, j’ai eu mon diplôme, je suis sage-femme.

Je ne regrette pas mon choix, j’aime mon métier, je n’en changerais pour rien au monde.

Mais si j’avais eu connaissance de la difficulté des études, je ne suis pas sûre que j’aurais passé ce concours (comme beaucoup de sages-femmes je pense).

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Nimue 28/02/2013 21:46

Formé(e)s par les élèves des années supérieures et dans les maternités "extérieur"... Tellement vrai...