L'hiver vient
Publié le 21 Décembre 2013
Ce matin mon réveil a sonné, je me suis levée, j'ai pleuré.
J'ai pleuré parce qu'il fallait que j'aille travailler.
Lundi j'ai vu des collègues unis se battre pour défendre notre profession, enfin je les ai surtout vus se faire battre.
Et ce matin il fallait que je retourne travailler, comme si de rien n'était.
Accepter d'être ignorée par la direction de ma maternité.
Accepter que ma profession soit mal considérée par les médecins avec qui je dois "collaborer".
Accepter de travailler au côté de collègues qui ne se soucient guère de ce qui se passe à l'extérieur de leur petit monde.
Accepter de travailler dans des conditions qui ne me satisfont pas...
Accepter d'être maltraitée, ou maltraitante, à cause de la surcharge de travail, du manque de personnel...
Accepter les propositions inacceptables de notre Ministre de la santé, accepter qu'elle se moque d'une profession en grève depuis 2 mois, en souffrance depuis tellement plus longtemps.
Ce matin j'ai pleuré, je me sentais seule, et j'avais froid.
L'hiver vient, il sera rude. J'ai déjà froid, je n'y survivrai pas...
Et puis je suis arrivée au travail et j'ai vu ce nom dans la liste des patientes. Cette dame... Il y a 2 ans. Ce petit bonhomme parti trop vite, ce petit être dont j'avais partagé les quelques instants sur terre, ses yeux déjà clos à jamais.
Sous son nom à elle, un prénom, un si joli prénom.
Alors je suis entrée dans sa chambre. J'avais peur de la déranger, je ne savais pas si elle se souvenait de moi.
Et là, elle m'a attrapé la main, elle l'a serrée fort entre les siennes et elle m'a dit "vous êtes M."
Les larmes sont (re)montées, je me suis contenue. J'ai juste dit oui, ses mains ne lachaient pas la mienne.
Nous avons parlé un moment. J'ai admiré sa magnifique petite fille, les yeux clos aussi, mais le visage parcouru de ces petites mimiques de bébés, dans un sommeil paisible.
Je suis sortie de sa chambre et j'ai pleuré, encore.
Mais cette fois ces pleurs m'ont un peu libérée.
Je me suis souvenue pourquoi j'étais sage-femme.
Ni pour la Ministre, ni pour la Direction, ni pour les médecins, ni pour mes collègues...
Pour les patientes. Et pour moi.
Alors je vais lutter encore cet hiver contre ce froid qui m'envahit.
Je vais continuer à me battre, au côté de mes collègues, pour qu'un jour notre profession soit reconnue, et pour qu'un jour, en France, la Naissance et les Femmes soient respectées.
Pour qu'un jour, le printemps revienne!