avant j'étais sage, mais je me soigne
Publié le 22 Décembre 2013
Elle est arrivée aux urgences avec des contractions toutes les 5 minutes. Elle attendait son deuxième bébé. Elle était accompagnée de sa belle-sœur, son mari était en déplacement. Elles étaient souriantes toutes les 2.
Je lui ai posé le monitoring, rythme cardiaque fœtal parfait, contractions toutes les 5 minutes. Après une demie heure, je l'ai examinée, elle était à 4 centimètres. Je lui ai dit que le travail avait commencé. Je lui ai demandé ce qu'elle souhaitait. Elle ne voulait pas de péridurale, en tout cas pas pour l'instant.
J'aurais voulu l'installer dans une chambre pour qu'elle puisse marcher, prendre une douche... Mais le service était plein.
Je l'ai donc installée en salle de naissance sur un ballon. Je lui ai montré quelques positions qui pourraient la soulager. Je n'ai pas remis le monitoring. J'ai stressé. Pas pour elle, je savais que je suivais les recommandations, que le monitorage continu n'était pas utile. Non j'ai stressé pour moi, si jamais la gynéco passait, j'allais me prendre un savon... Tant pis, elle était si sereine sur son ballon, elle riait même avec sa belle sœur.
Trois quart d'heure plus tard, elle commençait à moins rire, elle envisageait une péridurale. Je lui ai proposé de s'allonger pour l'examiner.
8 centimètres! Elle n'en revenait pas. Elle était fière. J'ai rebranché le monitoring pour m'assurer que le bébé supportait bien le travail. Rythme toujours parfait. Je me suis résolue à lui poser une perfusion, je suis faible... je sais.
Elle préférait rester allongée tantôt sur le dos tantôt sur le côté.
Sa belle sœur l'entourait, de ses bras et de ses mots qu'elle lui chuchotait à l'oreille.
Je me suis faite discrète, j'ai préparé le matériel pour l'accouchement, j'ai mis la table à chauffer pour les soins de bébé. Je les ai laissées un peu dans leur bulle, tout en restant à proximité.
Peu après, un quart d'heure je crois, elle a eu envie de pousser. Je me suis rapprochée, j'ai averti l'aide soignante. Nous avons installé l'arceau sur la table d'accouchement.
Quelques minutes après, elle m'a dit que la poche s'était rompu, qu'elle avait l'impression que bébé était là. Je l'ai examinée, il était tout près. Elle s'est installée sur le côté, une jambe en l'air en appui sur l'arceau, et elle a commencé à pousser. 10 minutes après un beau petit garçon poussait son premier cri. Je l'ai séché et glissé dans ses bras.
Sa belle sœur a coupé le cordon. Elles pleuraient toutes les 2. J'avoue que j'étais assez émue aussi, elles étaient touchantes.
Un peu plus tard j'ai pris le bébé pour faire son premier examen médical.
Le placenta tardait un peu à sortir mais après un peu plus d'une demie heure elle a eu envie de pousser à nouveau et en quelques secondes il était là.
Elle avait une petite déchirure, je lui ai fait une anesthésie locale, elle ne supportait plus que je la touche. Et puis finalement l'anesthésie locale a vite agit, et j'ai pu la recoudre sans douleur.
Ensuite elle a voulu le mettre au sein, je l'ai guidée un peu, c'était son premier allaitement. Bébé a tout de suite attrapé le sein pour ne plus le lâcher.
Après m'être assurée une dernière fois qu'ils allaient bien, je les ai laissé tous les 3 à leur bonheur, et je suis allée remplir une montagne de papier.
En rentrant chez moi, je suis tombée et ça fait bien mal sur un communiqué de la fédération nationale des collèges de gynécologie médicale, expliquant que céder le premier recours aux sages-femmes, c'était brader la santé des femmes...
M'en fou, ma patiente, elle, n'a vu qu'une petite sage-femme, et elle était très heureuse de son accouchement!