Point du mari
Publié le 25 Mars 2014
Un petit billet pour apporter tout mon soutien à Agnès Ledig, sage-femme et écrivain... Elle a dénoncé ici http://www.isabelle-alonso.com/le-point-du-mari/ il y a quelques jours une pratique inommable qui porte pourtant un nom: le point du mari.
Et elle s'est fait descendre par un journaliste ici : http://www.20minutes.fr/insolite/1332062-le-point-du-mari-la-chirurgie-destinee-a-donner-plus-de-plaisir-aux-hommes
Par où commencer ? Je ne connais Agnès qu'à travers les résaux sociaux et les livres qu'elle a écrit. C'est une femme comme on aimerait en rencontrer plus souvent, gentille, tolérante, humaine... Elle m'a permis d'apprendre des choses sur les femmes, sur mon métier... Grâce à elle j'ai notamment découvert Ariane Seccia.
Bref tout ça pour dire que j'ai un profond respect pour elle, et que je n'ai pas vraiment aimé qu'elle s'en prenne plein la gueule se fasse démonter par un journaliste peu scrupuleux, qui publie sans vérifier ses sources, sans véritable investigation, et qui se réveille maintenant pour demander aux femmes si des fois elles n'auraient pas subi cela...
"cette professionnelle de santé n’a «rien compris à l’anatomie. C’est complètement farfelu."
Si ce Monsieur s'était renseigné, il saurait qu'Agnès exerce toujours comme sage-femme, et qu'en tant que telle, ses connaissances en matière d'anatomie et plus particulièrement du périnée sont plutôt pointues.
"Surtout aujourd’hui, où il faut le consentement éclairé des patientes pour opérer. "
Alors heu, comment dire?
Certes, je n'ai moi même jamais vu faire le point du mari. D'ailleurs Agnès dit bien qu'il s'agit d'une pratique minoritaire.
Par contre, des actes pratiqués (par des médecins, des sages-femmes, des internes...) sur des femmes sans leur consentement, à un moment où elles sont particulièrement vulnérables...
J'ai vu des médecins et des sages-femmes faire des touchers vaginaux sans demander la permission, et parfois inutilement en plus.
J'ai vu faire des épisiotomies sans l'autorisation de la patiente.
J'ai vu poser des perfusions (d'ocytocine, d'antibiotiques...) sans explications.
J'ai vu des femmes se voir interdire de boire un peu d'eau en salle de naissance car c'est le protocole, quand des études prouvent que ça n'a aucun intérêt.
J'ai vu des femmes attachées dans des étriers, sans pouvoir bouger, des femmes à qui on impose cette position, la plus mauvaise pour accoucher.
J'ai vu des personnes entrer en salle d'accouchement sans se présenter, sans même dire bonjour, alors que la patiente est en train d'être examinée, ou d'accoucher, ou simplement à moitié nue sur une table d'accouchement.
J'ai vu des patients endormis dont on se moquait.
J'ai vu des femmes qu'on oblige à se déshabiller intégralement pour une consultation gynéco.
J'ai vu des patientes se faire engueuler parce qu'elles sont trop grosses.
J'ai vu des patientes se faire engueuler parce qu'elles ne poussaient pas assez, ou pas assez bien.
J'ai vu des femmes à qui on demandait de se taire alors qu'elles avaient mal.
J'ai vu des patientes venir me voir parce qu'elles n'avaient pas osé poser de questions au médecin "vous comprenez, il m'a dit qu'il n'avait pas le temps".
J'ai vu des patientes dont la douleur ou les angoisses étaient niées.
J'ai vu tout cela, mais au début, je n'y voyais rien de mal... J'étais mal à l'aise, mais je ne comprenais pas, tout cela n'est pas si grave, on les soigne, on les accouche, on leur donne un bébé en bonne santé...
Et puis j'ai lu, j'ai partagé avec les femmes et avec d'autres soignants, au travail, en formation, sur le net. J'ai rencontré des médecins et des sages femmes profondément humains, respectueux de leurs patientes.
Et j'ai ouvert les yeux.
Sur cette petite maltraitance quotidienne. Sur ces actes banalisés par ceux qui les répètent et ne réalisent même plus la violence qui peut être ressentie par les patientes.
Agnès a eu le courage de dénoncer cela.
Ce n'est pas parce qu'on a jamais vu faire que cela n'existe pas, ce n'est pas parce qu'on a un vécu ou des pratiques différentes que cela n'existe pas.
La faire passer pour une farfelue délirante, c'est nier la douleur qu'ont pu ressentir certaines femmes, c'est nier les violences qui existent encore dans le milieu hospitalier, c'est mépriser leurs vécus et leurs ressentis.
Agnès, mode grillage, mais reçois tout mon soutien!