Les habitudes première partie
Publié le 13 Février 2013
Les vieilles habitudes sont bien difficiles à faire changer…
Là où je travaille, certaines aides-soignantes travaillent en salle de naissance depuis 20 ans. J’ai une confiance absolue dans leurs compétences et leurs intuitions.Si elles me disent de venir voir un bébé qui les inquiète, ou des saignements anormaux, je peux être certaine qu’il y a vraiment un souci. Elles ont le savoir et le savoir faire acquis par l’expérience, que rien ne remplace. Et elles m’ont appris beaucoup de choses.
Mais elles ont des habitudes bien ancrées, acquises il y a bien longtemps. Des règles, dans « leurs » salles de naissance, auxquelles nul ne peut déroger!
Par exemple on ne doit pas boire ni manger pendant le travail. C’était vrai… avant.
De récentes études ont prouvé que le fait de boire pendant le travail n’est pas dangereux, voire même bénéfique, et augmente le confort des femmes. Mais souvent, quand mes patientes demandent à l’aide soignante si elles peuvent boire un peu, j’entends la réponse qui fuse d’un ton sec: « Ah non! Vous pourrez boire quand vous serez dans votre chambre, 2h après l’accouchement! ».A la limite, elle leur accorde un brumisateur.
Si vous avez déjà passé quelques heures dans une salle de naissance, clouée sur une table (une autre habitude difficile à changer en France…), vous savez comme on peut avoir soif. Certes la péridurale soulage la douleur, mais notre corps travaille…
Alors je me vois contrainte de faire boire mes patientes presque en cachette… Dès que l’aide soignante a le dos tourné, je reviens auprès de ma patiente et je lui explique qu’en fait, elle peut boire un peu. Et même, si elle en a envie, je veux bien lui amener un jus de raisin. Et je lui amène, presque en cachette.
Et puis les anesthésistes et certaines de mes collègues ont aussi de vieilles habitudes. Alors comment pourraient-elles comprendre qu’avec moi, et quelques unes de mes collègues, on a le droit, mais avec d’autres, non... Comment leur dire que LE grand docteur, l’anesthésiste, n’a pas toujours raison ?
Je pourrais ne pas me cacher, je pourrais essayer de leur réexpliquer encore une fois, mais changer les habitudes de toute une équipe vous savez… Alors je préfère les ménager, parce que j’aime travailler dans une bonne ambiance. Je pense que les patientes le ressentent, et que c’est aussi bénéfique pour elles.Même si je sais que j’ai raison, que ce sont les recommandations actuelles, je préfère ne pas les contrarier.
Il est tout de même très difficile de changer des habitudes, « des protocoles ».
Pourquoi? Peut-être par peur du changement, ou peut-être parce que c’est admettre qu’avant on faisait mal, ou moins bien.
Mais je garde espoir, un jour, en France, on se souviendra que le confort des patients est important, que la naissance est quelque chose de naturel, qu’il faut laisser les femmes écouter leur corps. On prendra exemple sur nos voisins européens. On respectera les femmes et la naissance… et les sages-femmes (enfin là je m’égare, ça c’est un autre sujet…)